À son travail, Marie incarnait l'infirmière totale. Nul ne l'imaginait sans
sa blouse blanche, tant elle se résumait à cette image exclusive. Irréprochable
dans son rôle, elle remplissait son office tel un ange guérisseur. C'était une
âme véritablement désintéressée. En cette femme aux apparences si sérieuses
palpitait un cœur ingénu et sommeillait une chair infernale. Elle se comportait
comme une sainte dans ses rapports avec les patients, consciencieuse, attentive,
investie.
Elle œuvrait avec toutes les ressources à sa portée : médicales et
spirituelles. Elle avait une approche à la fois hautement technique et
profondément mystique de son métier. Elle pouvait, par exemple, associer ses
plus ferventes prières à l'action d'un sérum.
À ses yeux, il s'agissait de deux formes de réalités qui ne s'opposaient
pas. Cela dit, consciente de la frilosité de ce siècle à l'égard de cette
conception de la médecine, elle se gardait bien de faire part de ses méthodes
aux malades et à ses confrères. Elle préférait passer pour une froide et très
compétente technicienne, sans provoquer de vague.
Une fois sous les draps, auprès de Pierre, la professionnelle scrupuleuse
se transformait en amante insatiable, caressante et docile, se mettant à
étreindre furieusement la bosse de ce loup venu la pourfendre, la déchirer, la
dévorer sans retour en arrière possible.
La soignante et le bossu s'accouplaient pour un départ définitif, un
engagement radical, ils le savaient. Loin de s'en effrayer, ils recherchaient au
contraire à resserrer ces chaînes qui les unissaient. Même si Marie devait
briser cette statue pieuse à laquelle elle s'apparentait et qui la définissait
dans une grande mesure, elle l'assumait avec bonheur. Non pas qu'elle reniât
cette partie flatteuse d'elle-même, simplement elle se donnait sans compter dans
ce nouvel aspect de sa personnalité.
Le monde sulfureux des sens s'ouvrait au-dessus de sa claire auréole. Ses
gémissements montaient au ciel, son souffle devenait une flamme, son hymen un
autel en feu.
Sous le phallus de Pierre, la dévote aux pensées sages se changeait
lumineusement en tête explosive.
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