Il fut enfin temps pour Pierre de présenter son étoile à ses parents.
Tandis que ces derniers s'attendaient à voir une femme aux éclats perçants, à l'image des précédentes conquêtes de leur fils, ils furent éblouis par ce pâle soleil au rayonnement doux et discret. Le père lui adressa la parole le premier.
— Voilà une bien jolie béquille pour notre enfant, saine et d'allure correcte. Preuve que l'on peut être soi-même tordu et choisir d'emprunter de droits chemins.
L'infirmière ne sut s'il fallait acquiescer poliment ou sourire avec complicité. Elle répondit :
— Je vous rassure, Pierre ne représente nullement un poids pour moi. Je ne pense pas qu'il ait besoin d'être soutenu, simplement accompagné, et avec légèreté encore ! En espérant que je sois à la hauteur de ses vues.
La mère répliqua :
— Pierre, avec son dos de travers, vise surtout des horizons qui le dépassent. Il a le goût des défis un peu trop grands pour lui.
L'amante, étonnée par cet accueil teinté d'humour sarcastique, crut judicieux d'adhérer au jeu de ses hôtes. Elle devina qu'elle avait affaire à des gens de bel esprit, aux antipodes de ce qui se faisait habituellement en termes de médiocrité.
Le handicap de leur progéniture ne leur semblait pas constituer un prétexte à psychodrame. Ils ne s'en servaient pas comme un chiffon rouge à brandir, tel un étendard familial victimaire et revendicatif. À leurs yeux, sa bosse faisait partie des nombreuses contrariétés qui pouvaient résulter du cadeau infini qu'est la vie.
Pierre intervint :
— Marie est la meilleure opportunité que j'ai rencontrée. Elle s'est appréciée à sa juste valeur, ce que je peux lui offrir, et en redemande même, tant mes vertus essentielles la comblent. Elle sait ce qui est bon pour elle et en profite sans retenue, ce qui me satisfait moi aussi.
Le message était passé en douceur et avec pudeur. Il n'y avait plus qu'à s'installer autour du repas pour parler des plats et de l'avenir du jeune couple, ce qui fut fait. Après s'être étendu sur ces banalités, les deux amoureux sortirent de table pour aller dans la chambre de Pierre. Marie découvrit l'antre du bossu avec émotion. Cette pièce sombre dégageait un mélange de mélancolie et de vigueur, une sorte de brume paisible mêlée à une force vive. Toute l'âme de Pierre était contenue entre ces quatre murs : un vaste crépuscule en attente de clair azur ou de brûlants orages.
Ils s'étreignirent longuement dans le lit. Et leur chair s'enflamma, sans faire de bruit.
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