A seize ans, Pierre avait réussi à décrocher une étoile de son ciel inatteignable. La fille, d'une beauté dérangeante, étincelait dans ses bras. Cette union sincère du haut et du bas, contre nature, antinomique, disharmonieuse, présentait les signes typiques d'un naufrage annoncé. Mais fallait-il vraiment se fier aux apparences, dans leur cas ? On sait que rien n'est impossible à cet âge de tous les désordres, de toutes les folies et de tous les idéaux.
L'adolescent ressemblait à un crabe enserrant sa proie entre ses pinces. Sa conquête, plus grande que lui, la dominait de son éclat.
Elle la blonde, lui le cancrelat.
Formé sous l’improbable soleil des rêves tordus, le jeune coupe brillait comme une enseigne criarde. On eût dit un duo de néons contrastés.
Les deux amoureux s'étaient trouvés, même si le monde autour d'eux semblait incrédule.
Chose immonde, remarquable, choquante et merveilleuse : ils s'embrassaient sur la place publique. Avec tous les sceptiques de la Terre pour témoins.
Ils s'en donnaient à coeur joie, voulant visiblement afficher leur amour naissant plutôt que le cacher. Leur indécence poussé à l'extrême devenait un spectacle honteux et fascinant, aussi réjouissant qu'effarant. Nul ne se privait pour lorgner cette exhibition de monstres de foire.
Mais aux yeux des juvéniles amants, l'essentiel consistait en la réalité de leur flamme. Le reste avait moins d'importance, quoi qu'ils ne reniassent point leur numéro perturbant.
La demoiselle se sentait profondément émue par ce demi-homme à peine sorti de l'enfance, parti de si loin pour la séduire, surgi des ténèbres de sa misère pour affronter la reine du jour. Elle l'astre rayonnant, lui le pauvre déshérité. Il venait de gagner le graal. Elle voyait de la lumière dans sa bosse capable d'un tel exploit. A n'en pas douter, ce poux n'était pas banal.
Lui jubilait à n'en plus finir auprès de ce diamant aux cheveux stellaires : il faisait reluire son infirmité au contact de ce feu ardent qui l'enlaçait.
Ils échangèrent longtemps des baisers passionnés sur le banc communal.
Au crépuscule, plus personne dans leur entourage n'ignorait leur hyménée.
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