Les mois passèrent sous cet âpre régime.
En dépit de ses efforts, Pierre demeurait un mauvais élève. Ses avancées
étaient réelles mais pas encore suffisantes pour gagner l'estime de
l'institution. Au bout du premier trimestre de ces laborieuses études au sein du
pensionnat, ses sévères précepteurs (qui avait été mis au courant par ses
parents de son aventure amoureuse) décidèrent de réagir.
Il fallait lui infliger une correction pédagogique susceptible de lui
donner le goût du travail. Il ne se concentrait pas assez sur ses manuels
scolaires, visiblement distrait par ses pensées impies : ses professeurs le
voyaient souvent rêvasser au-dessus de ses livres. Ils n'ignoraient pas le nom
maudit que portait cette épine qui parasitait ainsi sa caboche d'ânon :
Rose.
Après un conseil de discipline expéditif, la solution au problème fut prise
en main. Au sens propre du terme : la meilleure réponse à cette imperfection se
résumait à une badine.
Le plus vigoureux des éducateurs fut désigné pour châtier ses restes de
cancrerie en espérant que la punition réveillerait son zèle. Devant tous ses
camarades de classe il fut disposé debout face à un pupitre pour recevoir une
volée de flammes bien méritée, le corps à moitié dénudé, le dos courbé, la tête
penchée vers le sol, accentuant ainsi l'apparence grotesque de son anatomie
débile.
Des rires moqueurs fusèrent dans la salle. Quelques-uns de ses frères de
pension ne purent s'empêcher de trouver ce spectacle fort drôle. Pierre ne leur
en voulait nullement : lucide, il savait qu'à leur place il aurait réagi avec la
même férocité...
Handicapé ou pas, il était légitimement passible du pire !
Vêtu de sa soutane austère et armé de sa baguette, le redresseur de torts
administra sans hésitation une série de coups à l'infirme. Ce dernier se mit à
hurler et à se tordre de douleur. Alors, tout en continuant à fouetter durement
sa victime, la colère débordant de ses lèvres, l'enseignant lâcha à son adresse
ces mots terribles :
— Ha ! Tu croyais pouvoir impunément séduire une femme du haut de ton
insignifiance, jeune crétin que tu es ! Non mais tu as vu ton échine de chameau
? Tu pensais donc jouer les galants auprès d'une belle avec tes séductions de
bête tordue ? Tu désirais donc goûter à la pomme interdite, n'est-ce pas ? Je
vais te faire passer l'attrait du vice moi !
Redoublant de rage, emporté par son élan vengeur, à présent il s'acharnait
directement sur la bosse du supplicié. Il frappait de toutes ses forces sur
cette partie saillante qui semblait lui faire affront. Le religieux vidait le
fond de son coeur. Il se soulageait d'un feu noir depuis trop longtemps enfoui
en lui. Ce sommet de laideur entre les épaules de Pierre devenait le prétexte de
sa fureur. Sous l'épreuve de son châtiment le bossu suppliait et sanglotait,
blessé par la trique mais également par les paroles de son bourreau.
Son renflement osseux saignait.
Ironie de la chose, le quasimodo avait pris du grade : sa proéminence
morbide avait enflé. Le pauvre enfant de potence gémissait. A ce moment précis
l'homme d'église cessa net et posa l'instrument de répression. Non pour octroyer
un peu de répit au condamné mais pour reprendre son souffle : il transpirait et
son bras lui faisait mal. Il s'éventa amplement puis attendit que ses doigts se
désengourdissent complètement pour, une fois reposé, terminer sa besogne.
Vingt zébrures supplémentaires marquèrent la peau écarlate du malheureux. Enfin tout
s'acheva.
La leçon dûment reçue, Pierre fut laissé à ses larmes.
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